Vous avez plutôt l’habitude de vivre en mode chronométré, planifié : dans vos journées, tout est organisé de façon à ne pas perdre de temps...
Vous passez d’une activité à l’autre machinalement, d’un lieu à l’autre de manière automatique, sans y prêter la moindre attention. Les moments « pour soi » sont soumis à la même règle que le reste, le temps est minuté. Bien souvent, les vacances, ces périodes synonymes de relâchement des tensions du quotidien, sont également programmées à l’avance, il faut en profiter au maximum, se détendre… impérativement ! Le temps file…
Paradoxalement, quand on se trouve face à des périodes creuses, souvent malgré soi, on ne sait comment occuper ce temps, on se sent perdu, on s’ennuie, on gamberge…
Pas besoin de multiplier les exemples, la notion de temps se nourrit de nos ambivalences !
Et si le temps était tout simplement celui que l’on s’accorde ?
Le temps, c’est à la fois la durée qui permet de donner de la profondeur en toute chose, c’est aussi le moment, celui qui sera opportun pour agir ou pour se recentrer.
Le Temps comme durée
La durée, c’est prendre le temps… comme une invite à ralentir.
Le manque de temps
On le sait, dans notre vie quotidienne, on manque souvent de temps. C’est un récurrent qui revient systématiquement à un moment ou à un autre lorsque l’on discute avec quelqu’un. Même les personnes qui semblent les plus posées courent après le temps, le monde dans lequel on vit ne nous aide pas à ralentir, c’est un tourbillon dans lequel on essaie de s’intégrer coûte que coûte… pour ne pas se sentir hors-jeu !
Dans le monde professionnel, cela fait presque partie des règles implicites, il faut être performant et cela doit se voir ; il faut agir et agir vite pour montrer son efficacité… au risque de dériver vers de la suractivité, voire à l’agitation. La réflexion n’a plus véritablement sa place, on lui préfère le « faire », quitte à rester superficiel.
Pour la personne elle-même, être « overbookée » est souvent signe de responsabilité, d’importance ; en fait, bien souvent, la personne se rassure en voulant y voir la valeur qu’elle apporte…
Pris dans cet engrenage, avoir du temps devant soi est vu comme un luxe inaccessible ! Pourtant, dès que l’agenda se libère, on s’empresse de combler ce qui apparaît comme du vide…
S’insérer dans le monde qui nous entoure sans prendre le temps de savoir dans quel but et de quelle manière, conduit bien souvent à la désillusion, à la démotivation, au mal-être qui s’insinue.
Car cela renvoie à soi, au sens qui est le sien que l’on ne peut découvrir sans un peu d’introspection.
Le temps de la réflexion
Prendre le temps de la réflexion, c’est ce qui donne accès à la profondeur. Quand il s’agit de soi, cela nécessite un travail introspectif qui peut être déstabilisant. Cela ne peut se réduire à des recettes de développement personnel : il y a des outils, des techniques qui aident à mieux se connaître, mais aucun ne saura vous donner les clés de votre propre profondeur.
D’ailleurs, chacun n’éprouve pas le besoin d’accéder au même niveau d’intériorité, il n’y a ni égalité ni justice en la matière.
Certains n’approfondiront pas la réflexion outre mesure, ils trouveront des réponses facilement et n’auront pas d’intérêt à aller chercher au-delà. Pour eux, cela peut paraître simple et rapide alors que pour d’autres, ce sera plus long et laborieux, ils auront besoin de plus approfondir pour accéder à leur richesse intérieure, peut-être parce qu’ils se sont éloignés d’eux-mêmes sans même s’en rendre compte… ou parce que cette richesse est enfouie et qu’ils doivent progressivement la faire émerger.
Le courage de prendre le temps
Pour autant, prendre le temps n’est pas un signe de faiblesse, bien au contraire, c’est même faire preuve de courage car plus c'est long, plus cela demande d’efforts, plus la richesse de la personne sera révélée.
C’est « le Conatus », l’effort de persévérer dans son être de Spinoza. Cet effort n’est pas pesant car il ouvre progressivement à des pans de soi auxquels on n’avait pas accès, à ces aspects cachés, enfouis qui font partie de la personne que l’on est réellement.
Les ignorer n’empêche pas de vivre mais nous prive de l’alignement cohérent, cette unification de toutes les facettes de sa personnalité. On reste bancale sans même s’en rendre compte jusqu’au jour où un mal-être s’installe… Parfois le mal-être s’accentue et conduit à la rupture, le cerveau sature, trop de pressions, de tensions négatives, l’écart entre l’être et le faire se creuse…
Cela peut se traduire par un burn-out, une alerte physique comme un accident, un problème de santé… le corps essaie de nous dire ce que l’on ne veut pas voir, pas entendre ; les sens parlent mais on préfère les ignorer car cela remet en cause le pseudo-équilibre dans lequel on s’est installé…
Alors oui, prendre le temps de la réflexion nécessite le courage de se reprendre en main, de prendre la responsabilité de ce qui nous arrive plutôt que d’aller chercher à l’extérieur de soi les responsables de ses malheurs.
Le Temps comme moment
« Il y a un temps pour tout. »
Cette phrase, on l’a tous déjà entendue sous une forme ou sous une autre. Pourtant, il n’est pas toujours évident de l’appliquer… surtout quand on est d’un tempérament actif ! Quand on a envie que les choses arrivent, on a plutôt tendance à se rappeler le « Quand on veut, on peut » et à forcer les choses pour qu’elles s’adaptent à notre volonté plutôt que de se dire que ce n’est pas le bon moment… Cela fait partie de notre culture, de notre éducation.
Pourtant, il y a un temps pour ralentir, un temps pour agir.
Une vision décalée
Dans la pensée chinoise, le moment est primordial ; l’homme doit savoir composer avec les influences extérieures régies par le Ciel et la Terre. C’est en s’insérant dans l’agencement naturel des événements que l’homme peut tirer parti de la situation sans y laisser toute son énergie. Il ne sert à rien de forcer les choses, c’est en observant et en acceptant de faire partie de « plus grand que soi » que la personne peut ajuster ses actions pour qu’elles soient efficaces. Le stratège est celui qui saura attendre le moment favorable pour atteindre son objectif sans user de la force, sans combattre, sans dépenser son énergie en vain.
On est bien loin de notre conditionnement occidental où l’efficacité passe par l’action, quitte à forcer les choses. Dans ces situations, on se démène pour arriver à ses fins, on donne de sa personne et de son énergie.
Alors quand ça marche, on est convaincu de sa force, quand ça plante, c’est l’échec cuisant avec la dégringolade qui va avec !
Au lieu de cela, en changeant d’angle de vue, on peut aussi se dire que si ça marche, le moment était opportun, si ça ne marche pas, le moment n’était peut-être pas favorable…
La vision chinoise permet de relativiser le pouvoir d’action de chacun tout en lui laissant sa propre responsabilité. Car celle-ci n’est pas niée, loin de là, mais elle n’est pas située au même niveau : d’un côté, c’est force et volonté, de l’autre, c’est discernement et persévérance.
Un temps pour ralentir
C’est le moment de prendre du recul, de la hauteur pour regarder les choses dans leur ensemble, pour voir le système plutôt que de regarder chaque élément séparément. Cela permet de discerner la tendance naturelle d’ensemble plutôt que de rester fixé sur une chose en particulier, souvent celle qui occulte tout le reste dans le moment mais qui peut rapidement perdre de son importance.
Combien de fois on s’est senti dépassé par un événement extérieur, on s’est mis une pression folle pour essayer de trouver une solution, et puis le sujet a perdu peu à peu de son importance avant de passer dans l’anecdote sans véritable solution, juste le temps qui a fait son effet… Ce qui paraissait incontournable n’était finalement pas si important !
Dans le monde professionnel où l’on associe souvent efficacité et actions bien visibles plutôt que réflexion, les illustrations foisonnent !
Ralentir, c’est aussi un moment de retour sur soi, pour se recentrer et rassembler ses forces. C’est aussi se donner le droit de ne pas forcer les choses, s’autoriser à laisser venir…
Un temps pour agir
C’est le moment de reprendre sa place dans le système. Avec un discernement retrouvé, une posture plus assurée, il est alors possible de tenir compte des contraintes du système dans lequel on s’insère pour passer à l’action au travers du projet qui aura du sens pour soi.
Après la réflexion, c’est le moment « du faire », de l’action qui doit être adaptée à la situation. Il s’agit de composer avec l’environnement, qu’il soit professionnel et/ou personnel, en tenant compte de toutes les composantes qui gravitent autour de soi tout en respectant sa « boussole intérieure », cet élan qui nous anime.
Le Temps comme une ouverture
Prendre le temps, c’est ralentir, c’est arrêter de s’agiter en tous sens et de remplir à tout prix son agenda.
C’est accepter les périodes creuses, vides parfois pour pouvoir s’ouvrir à autre chose… C’est laisser venir en se rendant disponible à ce qui nous entoure, aux autres, mais également à soi.
Prendre le temps permet de « voir » les opportunités qui se présentent, de s’ouvrir à de nouvelles rencontres, à de nouvelles idées.
Le temps de traverser une transition
On connaît tous des périodes de transitions qui parfois nous bousculent ; là encore, on n’est pas tous égaux, certains connaîtront une période pleine de turbulences à 40 ans, d’autres ce sera un mal-être vers la cinquantaine, pour d’autres encore, ce sera au moment de la retraite.
Parfois, un événement extérieur s’impose à nous, et nous n’avons pas d’autre choix que de faire face. Parfois, c’est plus insidieux, tout semble bien engagé et pourtant le mal-être s’installe.
Ces périodes amènent couramment à reconsidérer sa vie à la fois professionnelle et personnelle. Bien souvent, la recherche de sens et en particulier de sens du travail revient nous questionner ; on se rend compte que ce qui nous satisfaisait à une période de notre vie ne correspond finalement peut-être plus à grand-chose pour nous.
Pour traverser cette période de transition et retrouver l’équilibre qui nous convient, il est nécessaire de respecter certaines étapes bien identifiées : tout d’abord, il s’agit de renoncer à la situation actuelle qui ne convient plus. Ce renoncement amène une phase de désorientation avant de pouvoir revenir à ce qui est essentiel pour soi. Il s’agit alors de s'ouvrir à soi et à ce qui nous entoure pour faire preuve de discernement, pour voir les opportunités, pour saisir le moment de passer à l’action.
⇒ Lire aussi Clarifier les transitions…
Le temps de s’ouvrir au changement
Pour cela, il s’agit de réaliser sa transformation intérieure avant de pouvoir esquisser son changement extérieur.
Cette ouverture permet de prendre conscience de qui on est, d’avoir conscience de soi et de son impact sur les autres, de connaître ses propres compétences et d’y voir de la valeur.
S’ouvrir, c’est aussi se donner la possibilité de voir des choses que l’on ne voit plus, comme ces personnes prêtes à nous tendre la main que, jusqu’à présent, on a ignorées de manière involontaire, parce que l’on est trop fermé pour les voir.
Prendre le temps de la réflexion est un des piliers de l’accompagnement que je propose, il ne s’agit pas d’être performant mais d’abord de se retrouver soi… Et cela nécessite du temps pour sortir des formatages avec lesquels on s’est construit, pour arriver à faire la part entre ce qui nous appartient réellement et ce que l’on s’impose inconsciemment pour satisfaire à des idées reçues, à des croyances qui nous bloquent…
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Elisabeth Passilly,
Accompagnatrice du changement – Coaching professionnel et formation


