On en parle beaucoup, parfois on l’attend avec impatience et quand ça arrive, nombreux sont ceux qui se rendent compte qu’ils ne s’y sont pas préparés !
La retraite, un sujet sensible
Autant les premières années de la vie sont des périodes parfois délicates mais où il est avant tout question d’apprentissage, de se construire, d’acquérir des compétences, puis vient l’entrée dans la vie professionnelle qui est l’occasion de se confronter avec le monde du travail, avant de montrer ce dont on est capable, puis d’être reconnu dans ses qualités professionnelles. Jusque-là, on a une direction générale, celle d’une progression à suivre, parfois d’un plan de carrière à dérouler.
Avec le passage à la retraite, la progression semble s’arrêter, il marque comme le début du déclin, la direction devient floue, on ne sait plus vraiment vers quoi s’orienter. Une porte se ferme mais on ne sait pas ce qui va s’ouvrir ensuite, il n’y a pas de direction préétablie pour cette tranche de vie même si, on le sait, elle nous approche inéluctablement de la fin de vie.
Pour autant, le nombre de retraités ne faisant qu’augmenter, la retraite est un sujet largement développé par les médias qui entretiennent les contrastes entre ce qui doit être vu comme du positif, et ce qui est considéré comme négatif. Dans ces commentaires, tout y est abordé au même niveau, souvent sans beaucoup de nuance :
>> D’un côté, on voit des retraités heureux qui ont tout lâché pour aller vivre sous le soleil, au Portugal ou ailleurs… Il y a les hyperactifs qui dépensent une énergie folle à multiplier les activités pour prouver aux autres ou à eux-mêmes qu’ils sont bien vivants, il y a les retraités investis avec plus ou moins de bonheur dans leur rôle de grands-parents… Mais tout cela, est-ce que cela nous fait réellement envie ?
>> D’un autre côté, il y a la baisse de revenu avec le spectre de l’insécurité financière qui réveille la peur de vieillir dans l’isolement et la précarité.
Bref, de nombreuses images clichés alimentent les doutes que l’on a légitimement face à cette transition importante… Et pourtant, la retraite reste souvent quelque chose à laquelle on aspire car c’est aussi synonyme de relâchement de la pression, celle qui nous accompagne dans notre vie quotidienne depuis tant d’années… On le sent, il y a une ambivalence dont on a du mal à se défaire.
La retraite, on y aspire mais cela nous effraie
Déchargée de la pression imposée par la vie professionnelle, la retraite, c’est à la fois plus de temps pour soi, plus de temps pour faire ce que l’on veut, mais ce sont aussi bien souvent des revenus réduits que l’on est tenté d’assimiler à des privations.
C’est aussi perdre notre image professionnelle, cette image qui nous colle à la peau, à laquelle parfois on s’identifie un peu trop. Elle contribue largement à notre assurance, notre prestance sociale. C’est souvent au travers de cette image que l’on se présente lorsque l’on est amené à parler de soi.
Face à ce changement inévitable, on réagit chacun à sa façon selon sa situation et sa personnalité, réaction qui se retrouve dans des attitudes assez caractéristiques.
Les différentes attitudes
Ceux qui l’attendent avec impatience
Dans ceux qui l’attendent avec impatience, il y a ceux qui voient la retraite comme une sorte de grandes vacances bien méritées : enfin pas de réveil le matin, du repos, des loisirs. Cela peut suffire à certains, mais souvent après l’enthousiasme du début, il manque quelque chose…
Il y a également ceux qui ont des petits-enfants : enfin ils vont pouvoir s’investir dans leur rôle de grands-parents. Pour autant, ce rôle qu’ils se donnent, est-ce réellement de leur propre choix ou est-ce pour satisfaire à un devoir dicté par leur éducation, voire par leurs propres enfants ? Dans le premier cas, ils vont s’épanouir dans la transmission en contribuant aux activités de leurs petits-enfants. Dans l’autre cas, ils ne vont faire que se priver d’une part d’eux-mêmes qui ne pourra pas s’exprimer.
Et puis, il y a ceux qui ne s’y sont pas préparés et qui déchantent, la retraite tant attendue est synonyme d’ennui, de pertes de relations sociales malgré des tentatives poussives auprès d’associations, de clubs de loisirs, etc.
Nombreux sont ceux que je vois qui, après l’euphorie des premiers temps, se délitent… Ils s’éteignent progressivement en se cachant derrière des « c’est l’âge, c’est la vie, c’est comme ça… » avec une pointe de regret dans la voix.
Ceux qui ne veulent pas en entendre parler
Dans ceux qui ne veulent pas en entendre parler, on retrouve à la fois les passionnés par leur métier et les surinvestis « malgré eux » :
>> Les passionnés sont des personnes qui dégagent quelque chose ; ils s’épanouissent dans leur métier et la retraite est alors vue comme une perte d’intérêt. Avec la retraite, c’est le champ qui se restreint avec la dégradation physique et cognitive liée au vieillissement…
>> Les surinvestis malgré eux ne peuvent tout simplement pas " penser retraite " ! Ils sont beaucoup trop occupés pour cela, ils ne peuvent pas se le permettre… Les raisons sont souvent assez confuses, tout s’entremêle : le financier et l’organisationnel, le professionnel et le privé, l’envie et les contraintes…
Là encore, l’image de la retraite est faussée par des croyances bien ancrées qui empêchent d’avancer vers cette transition significative de l’âge adulte.
La retraite, une question d’état d’esprit
Comme toute transition, le passage à la retraite va suivre un rythme naturel mis en évidence par W. Bridges :
Le renoncement
Ce passage comporte d’abord un renoncement, celui de sa vie professionnelle. Pour autant, accepter de ne plus faire partie « des actifs » ne veut pas dire s’enfermer dans l’oisiveté, encore moins dans l’inactivité !
Avec le renoncement, il s’agit d’accepter la transition mais en aucun cas de se résigner !
L’âge OK, on ne peut pas l’ignorer : à 60 ans, on ne peut plus prétendre aux mêmes choses qu’à 20 ans, la condition physique n’est plus la même, la récupération est plus lente, mais en contrepartie, la maturité est une force : elle s’appuie sur notre expérience, notre évolution personnelle et se traduit dans notre posture plus posée, plus affirmée.
Pour autant, l’envie, l’énergie vitale qui nous anime, ça s’entretient !
La désorientation
Après s’être fait à l’idée que la vie professionnelle arrive à son terme, vient une phase de désorientation qui marque souvent le moment d’un retour sur soi sans véritable objectif, une période qui peut paraître « creuse » mais qui permet de réaliser sa transformation intérieure avant de pouvoir esquisser sa nouvelle vie de retraité.
Pendant cette période, il s’agit de rester ouvert à ce qui nous entoure ; à ces lectures, ces échanges, ces rencontres, toutes ces choses qui, sans que l’on sache l’expliquer, vont prendre un sens particulier…
Cette période va alors permettre de nourrir la réflexion pour prendre conscience de ce qui nous constitue, de notre unicité composée de toutes ces multiples facettes que l’on a développées au fil des ans.
Le retour à l’essentiel
Lors du passage à la retraite, cette phase est d’autant plus importante que de prime abord, la retraite peut apparaître comme une fermeture, or c’est bien l’absence de direction définie qui donne de l’ouverture. C’est là que le changement d’état d’esprit se poursuit :
C’est le temps de prendre du recul sur sa vie pour voir le sens que l’on lui donne et comment tout cela va se retrouver de manière cohérente dans la nouvelle période de vie que l’on démarre.
À l’approche de la retraite, notre vécu va permettre de donner plus de profondeur à la réflexion. Il s’agit alors de redéfinir ce qui est essentiel pour soi en revenant à notre nature profonde ; c’est le moment de chercher ce à quoi on aspire véritablement pour aller vers sa propre authenticité.
C’est bien dans l’ouverture que la transition vers la retraite va être bénéfique.
La retraite pour réaliser sa mission de vie ?
Loin de renier toutes ces expériences, ces étapes, ces projets qui ont construit notre vie, la retraite est le moment idéal pour mettre à jour la mission de vie que l’on se donne.
Plusieurs projets de vie
Jusqu’à maintenant, vous pouvez regarder votre parcours à la fois professionnel et personnel comme différentes périodes où vous avez entrepris un ou plusieurs projets de vie, parfois en allant au bout, parfois en bifurquant. Sur le moment, il se peut que vous les ayez identifiés comme tel ou pas… peu importe.
Pendant cette transition, ce qui va être intéressant, c’est de s’assurer que ces projets étaient alignés avec la personne que vous êtes. Même si cela ne saute pas aux yeux, il y a certainement une forme de cohérence dans votre parcours que vous seul pouvez discerner. Pour cela, il s’agit de revisiter son parcours en relevant les articulations entre les différentes étapes qui l’ont jalonné. Ces articulations vont permettre de mettre à jour tout ce qui fait sa cohérence qui peut-être vous a échappé jusqu’à présent.
Une mission de vie
La mission de vie peut se définir comme la façon dont on va apporter sa contribution au monde. Autrement dit, c’est la manière dont vous allez concrétiser ce que vous avez reçu à votre naissance, ce qui fait votre nature profonde.
La mission de vie est unique et personnelle, elle ne se dévoile pas de prime abord.
Bien souvent, elle n’apparaît que tardivement lorsque la vie est bien engagée.
Avec les années, vous êtes arrivé à mieux vous connaître, vous êtes plus mature, vous avez certainement gagné en flexibilité tout en étant plus affirmé dans votre posture. C’est le moment de clarifier ce qui constitue votre essence, votre nature profonde. C’est en revenant à ce qui est essentiel pour vous que vous allez pouvoir définir ce qu’est votre mission de vie, ce pour quoi vous êtes là où vous êtes.
Réaligner la retraite sur sa mission
Il se peut que les projets de vie menés jusqu’à présent s’accordent avec la mission ou au contraire qu’ils soient en décalage.
Dans la période de « vie active », lorsque l’activité professionnelle occupe une large place, il arrive parfois que mission de vie et activité professionnelle se rejoignent ; la retraite est alors l’occasion de donner une nouvelle orientation à son activité en maintenant le cap, le sens de sa mission.
Parfois, au contraire, on peut ressentir un décalage profond sans pour autant s’être laissé porter par les évènements : nombreux sont ceux qui ont eu une vie professionnelle très remplie, dans laquelle ils se sont impliqués et qui, à l’approche de la retraite, ressentent un vide… Ceux qui sont allés jusqu’au burn-out le savent, cela ouvre bien souvent une période de remise en question qui interroge la mission de vie.
Pour ma part, je suis convaincue que même si chacun a sa part de responsabilité dans le chemin pris, l’environnement dans lequel on se construit a une place importante. Sans être hostile, il a pu néanmoins induire un décalage entre ce que la personne est et ce qu’elle croit devoir être pour exister. Un décalage qui a pu s’amplifier ou se réduire selon les circonstances et la personnalité de chacun.
Lorsque les projets de vie sont alignés sur la mission, c’est souvent que l’environnement a permis de suivre l’élan qui nous anime dès l’enfance.
Maintenant ou jamais !
Je reprends là le titre du livre de Christophe Fauré où il décrit les enjeux du passage de la quarantaine. Pour autant, je trouve que, dans son livre, il va bien au-delà de cet âge qui marque un tournant important dans la vie d’adulte.
Pour ma part, même si la mission de vie peut être évidente pour certains dès quarante ans, je pense que la retraite est la période de transition idéale pour réfléchir sur ce sujet, fort de son vécu, de son expérience avec une moindre pression du quotidien.
C’est comme l’ultime période de la vie adulte où l’on sera en pleine capacité pour trouver sa mission de vie.
La retraite, loin de se réduire à une page de vie qui se ferme, celle de la vie professionnelle, est surtout une ouverture. Elle ne se limite pas à un enjeu purement matériel, même si on veut nous le faire croire, cela va bien au-delà.
Il me semble qu’il est du ressort de chacun de prendre la mesure de la transition pour aller enfin chercher quelle est sa mission de vie, celle qui permettra de dire que oui j’ai fait ce que j’avais à faire sur terre… Autant dire qu’il y a encore et toujours des choses à fouiller.
Elisabeth Passilly,
Accompagnatrice du changement – Coaching professionnel et formation
>> Le Coaching : un changement de perspective pour se retrouver soi
Le Coaching, c’est proposer un angle d’approche différent pour permettre à la personne de comprendre son propre fonctionnement et l’amener à retrouver sa cohérence.


